L’UFHB ausculte les ressorts sociologiques et les imaginaires de l’idéal migratoire
Pourquoi prendre le risque de l’exil lorsque le voyage peut exposer à la violence, à l’exploitation et à l’incertitude ? Pourquoi l’horizon d’une existence meilleure conserve-t-il son pouvoir d’attraction malgré les périls associés aux voies migratoires irrégulières ? Entre aspiration à une vie meilleure, poids des croyances, vulnérabilités psychologiques et méconnaissance du droit, les ressorts de l’émigration irrégulière sont au cœur d’une rencontre scientifique ouverte, ce lundi 19 octobre 2026, à l’amphithéâtre de l’UFR Criminologie de l’Université Félix Houphouët-Boigny (UFHB).
Issus de l’UFHB, l’IPC-Facultés Libres de Philosophie et de Psychologie, Paris et l’ONG Action Nord-Sud, à l’initiative du Laboratoire d’études et de prévention de la délinquance et des violences (LEPDV), chercheurs et acteurs institutionnels entendent dépasser les approches exclusivement sécuritaires pour mieux comprendre les motivations des candidats au départ et dégager des pistes de prévention adaptées aux réalités ivoiriennes et africaines.
Directeur du LEPDV, Prof. Ismaïla BAKAYOKO a placé la quête d’un avenir meilleur au centre de son analyse. A ses yeux, la décision migratoire se construit à l’intersection de plusieurs facteurs, parmi lesquels le désir d’enrichissement, les aspirations personnelles, les croyances et certaines fragilités individuelles. « D’emblée, ce qui pousse à partir est d’abord un désir d’avenir, un mieux-futur associé, un désir de s’enrichir. Ce n’est pas la violence vécue qui commande la décision, même si elle laisse des traces profondes », a-t-il relevé.
Représentant le Président de l’UFHB, Prof. BALLO Zié, à l’ouverture des travaux, le directeur de l’UFR Criminologie, Dr (MC) BALLO Yacouba, a élargi le débat aux responsabilités collectives que soulève la question migratoire. « L’immigration n’est pas seulement l’affaire de ceux qui partent. Elle interroge de manière profonde la structure même d’une nation, la manière dont une société organise ses chances, ses droits et ses frontières », a-t-il indiqué.
Le responsable universitaire a plaidé pour une recherche susceptible de produire des pistes d’action adaptées aux réalités ivoiriennes et africaines. Une orientation qui invite à articuler les connaissances scientifiques, les expériences de terrain et les exigences de l’action publique.
Les communications scientifiques ont approfondi les mécanismes intellectuels et socioculturels susceptibles d’influencer les décisions individuelles.
Dr (MC) en Philosophie, Emmanuel BROCHIER, doyen de l’IPC-Facultés Libres de Philosophie et de Psychologie, Paris et directeur de l’ER-IPC a présenté une réflexion autour de la problématique : « l’évaluation d’une croyance hétérodoxe est-elle une croyance raisonnable ? ». Son intervention a interrogé les critères permettant d’apprécier la rationalité d’une croyance, en soulignant le rôle du doute philosophique, des cadres culturels et des collectifs de pensée dans la formation des convictions.
Dr (MC) Jean MOTTE dit Falisse, criminologue, psychologue clinicien à l’Université Catholique de Louvain a, pour sa part, développé le thème « Criminologie interculturelle : enjeux et perspectives dans la recherche scientifique ». Il a insisté sur la nécessité de croiser les approches psychologiques, historiques, sociologiques et juridiques pour mieux saisir la complexité des comportements humains.
Cette démarche pluridisciplinaire exige une vigilance particulière face aux différences culturelles. Sans cette précaution, l’interprétation des conduites risque de céder aux généralisations et de substituer les préjugés à l’analyse scientifique. L’ambition est donc de comprendre les comportements dans leur contexte, sans enfermer les individus dans des explications préétablies.
Représentant la Ministre d’État, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, KABA Nialé, marraine de l’atelier, Dr KARAMOKO Gaoussou, Directeur général des Ivoiriens de l’extérieur, a mis l’accent sur la complémentarité entre la recherche universitaire et l’action institutionnelle. « La recherche vient éclairer la décision politique, et le politique alimente par son action la réflexion au niveau universitaire », a-t-il soutenu.
Les travaux se poursuivront autour des croyances, des vulnérabilités psychologiques, des violences sociales et de la méconnaissance du droit. À terme, les participants ambitionnent de formuler des recommandations opérationnelles en matière de prévention et d’accompagnement.
La restitution des travaux est prévue au terme de la seconde journée, ce mardi 20 octobre 2026. Elle sera notamment marquée par une conférence sur le thème : « De l’idéal migratoire à la réalité de l’accueil : parcours, vulnérabilités et accompagnement des mineurs non accompagnés en France », présentée par ANOU Guy Serge, éducateur spécialisé en criminologie et président de l’association Action Nord-Sud.
